Michèle Arnaud

Michèle Arnaud

Collection :
Electrons Libres

Quelques mots sur Michèle Arnaud

Fille de paysans, Michèle Arnaud est née à Marsac sur Don, une commune de Loire-Atlantique, située à 30 Kms de Redon, porte de la Bretagne, en 1939. A cette époque, la terre était traditionnellement réservée aux fils, les filles n’avaient d’autre opportunité que de se marier ou de construire leur avenir ailleurs.

Elevée par une femme de pouvoir, sa mère, et  par deux tantes vivant en compagnonnage,- aujourd’hui on dirait sous le régime du P.A.C.S-, son éducation eut pour fondements, l’autonomie et la réussite professionnelle. Ce qui excluait tout rêve d’écriture considéré comme une inutile perte de temps.

Après des études secondaires à Nantes, la voilà donc lancée, malgré son état d’épouse et de mère de famille, dans la course aux concours permettant une ascension rapide dans l’administration. Le challenge d’être à la fois, femme, épouse et mère fut souvent difficile et périlleux pour son équilibre familial, d’autant plus qu’il comportait une fréquente obligation de mobilité géographique.

Responsable des services sociaux au sein de France Télécoms à Nantes, elle devient, comme le souhaitaient ses éducatrices, une femme de pouvoir et de réussite.

C’est alors qu’il lui fallut encaisser deux chocs frontaux.

Le premier fut sa mise au placard. Victime des mutations de l’entreprise et du sexisme de sa hiérarchie, elle perdit ses repères, ses certitudes, et sa situation obtenue à force d’opiniâtreté, à une époque où les femmes devaient se battre pour obtenir les postes à responsabilité réservés aux hommes. C’est pour elle l’occasion de tourner la page et d’entrer en écriture. Retour à son rêve de jeunesse et nouveau défi.

En prise directe avec la discrimination faite aux femmes,  elle publie cinq romans traitant de leurs parcours à handicaps tant professionnels qu’amoureux.

Le second choc s’avéra être beaucoup plus douloureux, car si le premier l’atteignait dans sa dignité voire son orgueil, le second touchait son amour maternel.

A la suite d’un traumatisme crânien, l’un de ses fils devint handicapé à l’âge de vingt-deux ans.

De le voir souffrir du regard des autres et supporter une autre forme de discrimination : celle qu’engendre le handicap, la porta à en témoigner en écrivant « Ruptures ».

Cette souffrance partagée et la lutte qu’elle mena avec son fils pour qu’il puisse retrouver une vie sociale et professionnelle fut à l’origine de son engagement dans la  vie associative.

S’aidant de ses anciennes compétences professionnelles, elle aida à se reconstruire des jeunes touchés par la maladie.

Les associations furent pour elle, des creusets d’idées, de chantiers et d’amitié. Elle y nourrit son écriture d’autres vécus.

C’est dans ce contexte qu’elle rencontra Christophe Sauvé, Rachaï (prêtre) des gens du voyage, lui-même d’origine manouche.

Lorsqu’il lui demanda d’écrire son histoire et celle de son peuple, elle accepta. Cette population apparue en Europe à la fin du Moyen-âge, issue du sous-continent indien et jetée sur les routes à la suite des guerres et des famines, qui gardait jalousement une culture empreinte de nomadisme, sollicitait son imaginaire. Elle leur consacra deux ouvrages dont l’un reçut le prix Solidarité.

Un passage dans l’Aude et notamment à Rennes-Le-Château lui inspira « Les filles d’Emma » Comment résister au mystère du trésor des Cathares qu’on dit enfoui dans ses collines ? Comment ne pas être sensible aux amours hypothétiques du sulfureux abbé Bérenger Saunière et de la diva Emma Calvé ? Michèle Arnaud en a fait une réalité dans un roman passionnant et plein de suspense.

Retour aux femmes et à leur vécu : « L’héritage du sang » pourrait aussi s’intituler : Trois femmes dans la tourmente.

La première, Elsa naît à Nantes en  1923 dans une famille de petits commerçants juifs. Jeune pianiste douée, elle prépare le conservatoire.

La guerre détruit son projet et ses amours.

Déportée ; elle est violée par un allemand et donne naissance à une petite fille qu’elle ne peut aimer.

Pauline, l’enfant du viol vit douloureusement le manque d’amour de sa mère,  les crises de quasi folie qui précipitent cette femme dans la ville à toutes heures du jour et de la nuit, pour y rechercher l’homme qu’elle a aimé avant d’être déportée, et l’atmosphère de secret qui entoure sa famille.

Pauline est une excellente gymnaste. Sélectionnée pour aller représenter la France à Berlin, elle subit le dictat de sa mère qui le lui interdit. De sa déception, naît la violence. Elle trouve un exutoire dans les évènements de Mai 1968 auxquels elle participe à Nantes, puis à Paris.

Seule, sans véritable métier, elle se lie à un homme par opportunisme et donne naissance à sa fille : Solen.

Solen, enfant mal aimée, s’est construite  autour des histoires de vie de sa mère et de sa grand-mère. Elle porte leur douleur et leur mal de vivre dans sa tête, dans  son cœur et dans son corps. Elle s’interdit le plaisir sexuel et pourtant le cherche dans de multiples aventures….Jusqu’à ce jour de décembre 1999 où l’Erika, un navire pétrolier, cause une catastrophe  naturelle d’envergure. Echoué, il perd son fioul et souille les côtes bretonnes…

Nantes est restée la « ville de cœur » où l’auteur va se  ressourcer, mais c’est au Croisic qu’elle vit  et qu’elle écrit. Rien ne vaut une ballade sur les chemins de la presqu’île pour faire émerger l’idée d’un nouveau roman et pour décider de sa mise en oeuvre.

Les ouvrages de Michèle Arnaud